Ca se passe comme ça

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Ce départ de Juppé qui arrange bien Sarko

mercredi 20 juin 2007

En France, les grands médias nous ont joué le couplet d’un président de la République fort contrarié par le départ d’Alain Juppé du gouvernement. Il n’est pas d’exemple plus criant du règne du faux. Car en réalité, l’éviction du devant de la scène d’Alain Juppé est une aubaine pour Nicolas Sarkozy, tandis que la façon dont s’est passée cette éviction est également du pain béni pour le président de la République, qui n’apparaît à aucune seconde dans cette histoire comme l’intrigant qu’il est, en train de manoeuvrer pour supprimer un rival.

La réalité des choses est que rien n’obligeait dans l’absolu à virer Alain Juppé du gouvernement parce qu’il n’avait pas été reconduit à l’Assemblée nationale. Rien si ce n’est l’idée médiatico-démagogique mise au point avant les législatives par Nicolas Sarkozy (M. roi de la cumule devant l’éternel) et lâchée à l’opinion par François Fillon (qui ne prenait aucun risque personnel au vu de son fief électoral et de la personnalité politique des électeurs de Sablé-sur-Sarthe). Pensaient-ils à Alain Juppé en concoctant cette babiole ? Est-il possible qu’ils aient envisagé ce qui finalement arriva : que seul Juppé "tomberait" ? [1]

Mais ça se passe comme ça. Alain Juppé était dans ce gouvernement le dernier symbole vivant incarnant la Chiraquie [2]. Mais il était bien plus que ça en ce sens qu’il était aussi surtout le seul poids lourd le plus immédiatement à même de prendre un ascendant favorable dans l’opinion publique française. Surtout avec l’aide du champ de compétences qui est celui du Medad [3].

Ca se passe comme ça quand Nicolas Sarkozy joue le refrain de "l’ouverture" en nommant des personnalités de la société civile et des politiciens "nouvelle génération" dans les différents ministères : il nomme aussi par là des gens qui ne sont rien et qui par sa grâce deviennent tout. Des dévoués, des redevables, des obligés, des clients.

Cela s’inscrit tout à fait dans la même démarche de verrouillage et de contrôle que celle à l’oeuvre quand Nicolas Sarkozy quittait la présidence de l’UMP, en décrétant qu’après lui le mouvement n’aurait plus de président mais une direction collégiale [4]. Cette même démarche de contrôle obsessionnel qui empêche les ministres de parler librement. Ce "contrôle obsessionnel / flingage permanent" qui a caractérisé pendant plus de 30 ans la carrière politique de Nicolas Sarkozy.

Et, à moins que l’homme n’ait changé, cela sera sans doute confirmé à l’avenir. Quand le candidat Nicolas Sarkozy expliquait que ses ministres seraient évalués annuellement, et remplacés s’ils n’avaient atteint leurs objectifs, il ne s’agissait que de faire passer dans l’opinion -sous couvert de pragmatisme et emballé dans un package "culture du résultat/modernisme/rendage de comptes"- un outil fort utile pour dégager à loisir tout concurrent potentiel, qui prendrait trop de place dans le coeur des Français.

A ce petit jeu, il est à parier que les plus populaires et/ou indépendants des ministres seront dégagés en temps voulu. A commencer par Borloo, Kouchner, Alliot-Marie... voire Fillon lui-même.

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Ce "flingage permanent" qui a caractérisé la carrière politique de Nicolas Sarkozy...
© 2007 Cohen/Malka/Riss - Vents d’Ouest/Fayard

Notes

[1] En tous les cas, les analystes affirmaient de suite, dès l’annonce de cette règle sortie de son chapeau par Sarkozy tel un "fait du prince", que la mesure menaçait avant tout clairement Alain Juppé... Ainsi le 06/06 à 16h01, AP écrivait : "Ils n’ont pas le droit à l’erreur. Les 11 membres du gouvernement candidats aux législatives, dont le Premier ministre François Fillon, devront démissionner en cas de défaite, a prévenu Nicolas Sarkozy. Tous paraissent assurés d’une élection confortable, à une seule exception : Alain Juppé. Le ministre de l’Ecologie et numéro deux du gouvernement est menacé par la socialiste Michèle Delaunay dans la deuxième circonscription de Gironde, dont il est le député depuis 1997. Ségolène Royal avait obtenu le 6 mai 54,66% des voix dans cette circonscription.".

[2] Nous ne considérons pas Michèle Alliot-Marie ici, tant elle est "marionnetisée" par Sarkozy. Mais elle pourrait à la rigueur est considérée comme une chiraquienne, ne mégotons pas...

[3] Assurément, on peut prévoir que le ministre du Dévelppement durable jouira d’une meilleure cote de popularité que celui de l’Immigration et de l’Identité nationale...

[4] Au départ, l’idée était de ne pas faire d’ombre au nouveau président de la République : l’élection par les 330.000 adhérents d’un nouveau chef risquait de faire émerger, à terme, un rival potentiel. Jean-Pierre Raffarin a donc trouvé la formule : "Le leader naturel de l’UMP est Nicolas Sarkozy, une autre personnalité dans le parti ne saurait avoir une légitimité égale à la sienne." Exit donc les statuts qui avaient permis à M. Sarkozy de s’imposer à ses rivaux en novembre 2004

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1 Message

  • Ce départ de Juppé qui arrange bien Sarko

    22 juin 2007 23:42, par Le bateleur

    Battu aux élections législatives, Alain Juppé démissionne du gouvernement Ami Nicolas, tu es vraiment trop fort !

    Cet ennemi redoutable, tu l’as roulé dans la farine en lui donnant un ministère en décors de Western tout en lui préparant avec cette règle de la démission forcée, une éjection rapide sans avoir l’air d’y toucher. (On chercherait vainement un article comportant les mentions "Fillon soutien Juppé" dans la substance enregistrée de la campagne législative. Personne de chez toi n’a soutenu celui qui croyait pouvoir t’imposer les termes d’une négociation.)

    Les billets avec lesquels tu l’as payés sont redevenus poussière, et son carosse est redevenu citrouille

    Te voilà avec le champ complêtement libre, n’ayant plus à honorer les promesses que tu avais faites en échange d’un soutien qui lui, t’a beaucoup servi.

    Tes adversaires politiques de droite n’ont plus qu’à bien se tenir ...

    A qui le tour ?

    Je pense qu’avec cet épisode disparaît le dernier de ceux qui auraient pu tenter quelque chose pour limiter ton rayonnement. Si après cela Fillon ne marche pas bien droit le long des murs !

    Donc pour l’instant, tu fais un sans faute.

    Bravo encore Nicolas !

    Voir en ligne : Battue aux élections législatives, Rachida Dati démissionne du gouvernement

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