mardi 2 mai 2006
Ni le Conseil d’Etat ni le Conseil Constitutionnel n’étaient suffisamment indépendants du pouvoir exécutif pour avoir le courage de statuer sur le sujet [1], c’est finalement le conseil des prud’hommes de Longjumeau (Essonne) [2] qui a prononcé le premier l’arrêt "politique" invalidant le CNE au regard du droit international. [3]
Malgré le pourvoi en appel de l’employeur perdant et du parquet [4], le CNE risque bien de mourir ici, en un ultime désaveu, cinglant, de la politique de Matignon.
De quoi donner des envies de réforme du système prud’homal au gouvernement... Ca se passe comme ça.
[1] Le Conseil d’Etat avait refusé de se prononcer dessus, en renvoyant la responsabilité au juge judiciaire. De son côté, le Conseil constitutionnel était resté fidèle à sa jurisprudence selon laquelle il ne se prononce pas sur le respect ou non par les lois des traités internationaux. Source : Les Echos, 02/05/2006.
[2] Le conseil des prud’hommes de Longjumeau a requalifié un CNE en CDI classique, au motif qu’il ne respecte pas la convention 158 de l’Organisation internationale du travail de par une période d’essai « déraisonnable ». Source : Les Echos, La Tribune, 02/05/2006. Ledit conseil des prud’hommes s’était déjà illustré le 21/02/2006, en condamnant une société à 17.500 euros de dommages et intérêts, pour avoir licencié sans justification un salarié en CDI passé en CNE. Source : Les Echos, La Tribune, 23/02/2006.
[3] Cette fois-ci, c’est le fondement même du contrat qui est mis en cause. "La durée de la période d’essai [...] étant déraisonnable", le jugement "constate que l’ordonnance du 2 août 2005", qui institue le CNE, "est contraire à la convention 158 de l’Organisation internationale du travail" et que, "en conséquence, le contrat dénommé à tort « nouvelles embauches » sur le fondement d’un texte non valable s’analyse en contrat à durée indéterminée de droit commun". L’argument était jusqu’à présent resté lettre morte, souhaité par les syndicats, redouté par la CGPME. Source : Les Echos, 02/05/2006.
[4] Le parquet a pour consigne de la Chancellerie de défendre le CNE bec et ongles. L’appel est suspensif. Feuilleton à suivre. Rebondissement ou enterrement du CNE ? Suspense...