lundi 14 novembre 2005
Avant le déclenchement des violences urbaines, le candidat à la présidentielle Nicolas Sarkozy subissait une mise en échec du nom de Villepin. Tout son patient travail [1] pour s’ériger en seul candidat de la droite en 2007 était réduit à néant par une habile opération chiraquienne faisant émerger l’alternance Villepin , matinée d’esprit républicain, social et calme (tout le contraire de Sarkozy).
L’enjeu était donc alors pour le ministre de l’Intérieur d’user de ses prérogatives pour reconquérir l’opinion. Sachant grâce aux Renseignements Généraux [2] que l’ambiance était délétère dans les banlieues, Nicolas Sarkozy a donc décidé de souffler sur ces braises là. Avec brio.
C’est donc tout naturellement ensuite le chef de parti qui a donné des instructions pour récupérér le mécontentement populaire au profit de son organisation (épisode des mots-clés Google).
Après les violences, c’est bien à la fois le ministre de l’Intérieur, le candidat à la présidentielle et le chef de parti qui retirent les bénéfices de deux semaines d’émeutes. Alors que sa cote de popularité est largement remontée, et qu’elle caracole en altitude (les Français ne voulant retenir qu’un ministre rétablissant l’Ordre, oubliant qu’il en était également la cause), Nicolas Sarkozy va désormais pouvoir récolter, les unes après les autres, les retombées de son opération :
les violences ont en premier lieu permis de gaver la France de Sarkozy, présent pendant 15 jours sur le front de l’actualité, et donc automatiquement de "contenir" Villepin ;
les violences ont permis l’arrestation d’un grand nombre de jeunes au tempérament frondeur, entraînés à faire des conneries de par leur faiblesse intellectuelle [3]. ;
le maintien dans les quartiers sensibles des CRS, décrétées nouvelle police de proximité, permettra de relancer les tensions à tout moment opportun [4] ;
le maintien du couvre-feu pendant trois mois permettra notamment d’arrêter toute personne voulue ;
le maintien de l’état d’urgence pendant trois mois permettra notamment de museler la presse d’opinion trop opiniâtre (ou le peu qu’il en reste) ;
la montée du racisme et de la xénophobie permettra de récupérer les électeurs frontistes ;
la montée du ressentiment anti-France de la part des l’internationale djihadiste [5] permettra peut-être d’écoper d’un attentat ou projet d’attentat sur le sol français (une aubaine politique pour Sarkozy ), jusque là épargné de par la diplomatie chiraquienne ;
la médiatique stigmatisation de "l’échec du modèle français" (social, tolérant, républicain), très forte à l’étranger, permettra de justifier encore plus de réformes libérales, au prétexte que "cela n’a pas marché" ;
etc.
En bref, il est ici inutile de se demander à qui profite le crime [6].
[1] Si Nicolas Sarkozy est "parti" si tôt dans la course à la présidentielle, c’était bien dans le but de convaincre le plus monde possible qu’iul fallait d’ores et déjà se rallier à lui. Politiciens de la majorité en tête, mais aussi politciens de l’opposition, journalistes, hauts fonctionnaires, fonctionnaires, etc. Sachant qu’une élection présidentielle ne se gagne pas seule (et que Sarkozy était assez isolé sur la scène politique), il s’agissait de bâtir la "Sarkozie", de compter ses soutiens et d’identifier ses adversaires.
[2] Comme nous l’a soufflé le trop confiant ministre, cité par Le Monde .
[3] On dénombrait 2440 arrestations depuis le début des violences à la date du 12/11/2005.
[4] A noter que les CRS sont une force de la police nationale, qui est le corps qui se fait le plus épingler pour ses provocations et ses bavures, alors qu’à contrario, les forces de gendarmerie mobile privilégient dialogue, efficacité, et responsabilité.
[5] Les « islamonautes » du monde entier dénoncent les « forces de police croisées » et la « France terre des infidèles », qui luttent contre les « moudjahidins » nous révèlent Le Figaro .
[6] La popularité de Nicolas Sarkozy fait un bond de onze points, pour s’établir à 63% d’opinions favorables en novembre, dans un sondage Ipsos pour l’hebdomadaire Le Point réalisé pendant la crise des banlieues. Interrogés directement sur la gestion de la crise des banlieues par les autorités, les sondés accordent majoritairement leur confiance à Nicolas Sarkozy. Ils sont 41% à approuver l’action du chef de l’Etat dans cette crise, contre 54% qui la désapprouvent. Ils sont 62% à approuver l’action du Premier ministre, contre 32% qui la désapprouvent. Mais ils sont 68% à approuver l’action du ministre de l’Intérieur, contre 30% qui la désapprouvent. Source .